Le « Jugement de Sauternes » a été la réponse du Grand Jury Européen au « Jugement de Paris » en 1976, réalisée par le chroniqueur Anglais Stephen Spurrier. En 1976, à la surprise générale, un vin californien Stag’sLeap (1973) avait devancé Mouton, Haut-Brion et Montrose (1970) L’affaire fit grand bruit !
Cette session du GJE a été organisée au Château Guiraud à Sauternes en octobre 2006
A cette occasion d’éminents dégustateurs anglo-saxons étaient associés à cette dégustation de 40 vins du millésime 1995. Un millésime considéré aussi bon à Bordeaux qu’en Californie.
Si l’on analyse le classement de l’ensemble des dégustateurs, puis celui des deux groupes séparés : des dégustateurs du GJE et des invités, on constate des résultats qui peuvent surprendre, cependant il faut bien admettre que les différences de points sont très minimes.
A) Ensemble des dégustateurs : On remarque, pour ce premier rendez-vous, que les vins californiens sont placés premiers dans tous les groupes. Bravo pour les vins français, en particulier Valandraud, Ausone, Léoville las Cases et Latour. Pour la première fois dans une session du GJE, tous les dégustateurs (Membres ou Invités) ont affirmé fortement leur goût pour un style de vin et la résultante de cette approche se retrouve en 4 groupes égaux :
1) Le 1er préfère les Bordeaux, mais ceux qui ont la richesse et la douceur, le même style que les californiens (Ex : Mouton, Léoville las Cases, Palmer, Valandraud, Pride…)
2) Le 2ème préfère le style purement californiens, sa force, sa douceur et sa densité (Ex : Abreu, Phelps, Shafer, Montebello Ridge, Staglin…)
3) Le 3ème préfère le style californien mais avec un penchant marqué pour la complexité. (Ex : Dominus, Montelena, Spottswoode, Screaming Eagle…)
4) Le 4ème préfère les Bordeaux, mais dans un style « British » : élégance, finesse (Ex : Margaux, Lafite, Spring Mountain, La Bon Pasteur, Ausone…)
Un aspect intéressant : 80% des vins arrivés dans les 10 premiers chez le GJE sont les californiens. A contrario, 60% des vins arrivés dans les 10 premiers chez les Californiens sont français. Qui aurait pu imaginer un tel résultat ?
B) Les Membres du GJE : (Sur 10 pays représentés, notons qu’il n’y avait que 5 français) Ils ont apprécié la qualité (très) légèrement supérieur des : Beringer, Pahlmeyer, Phelps, Safer, Mondavi, Arrowood, Staglin avant les premiers Bordeaux Trotanoy, Palmer, Cheval Blanc, Valandraud… Alors qu’on s’attendait à l’inverse !
Des explications ?…
de Bernard Burtchy (statisticien du GJE) : A la manière des gymnastes, les très grands vins conjuguent à la fois l’élégance et la puissance (deux facteurs souvent antinomiques). Habitué à l’élégance, qui est généralement de mise dans les vins européens, le dégustateurs européen recherche dans les très grands vins un supplément de puissance qu’il trouve en Californie. Et plus souvent le dégustateur américain fait l’inverse et privilégie les vins plus élégants, ce qui explique ce paradoxe !
de Xavier Planty (co-propriétaire de Ch. Guiraud) : Lorsque vous dégustez les vins qui vous sont familiés, c’est la partie technique de votre cerveau qui est en action. Par contre en dégustant des vins moins connus, c’est la partie « plaisir » de votre cerveau qui agit ».
D’autres points méritent d’être soulevés :
- 1995 est définitivement un grand millésime en Californie.
- Les Bordeaux 1995, sont étonnement encore jeunes et beaucoup restent fermés et n’ont manifestement pas encore atteint un niveau suffisant d’évolution comme leurs équivalents californiens.
- Les vins californiens développent des arômes luxueux et plaisants avec une finale délicate et un niveau d’alcool assez élevé, presque une définition « sexy ».
C) Les Dégustateurs Invités
Si Abreu est n°1, nous trouvons en suivant deux français Valandraud et Ausone, puis une véritable surprise : Spring Mountain (de Mike Robbins) et immédiatement après Léoville las Cases et Latour, Mouton et Haut-Condissas (le vin de Jean Guyon).
Quelques points techniques
Tous les vins sont sollicités (pour des raisons évidentes de conservation) dans les domaines mais font l’objet de facturation, soit d’un échange. Ils sont tirés au sort, dégustés à l’aveugle et chaque dégustateur les déguste dans un ordre différent en commençant par le verre portant son n° de table, dans le sens des aiguilles d’une montre ou inversement. Le jury doit coter sur 100 points, faire un commentaire sur chaque vin et indiquer l’origine géographique du cru. Un vin « pirate » (Pingus, Ribera del Duero) et deux fois le même Cheval Blanc étaient placés dans la liste. (Ils ne sont séparés que de 3 points sur 100, par l’ensemble des dégustateurs). Les deux bouteilles nécessaires au service sont assemblées afin que les dégustateurs aient le même vin. Chaque session dure environ deux heures (par séries de 20 à 30 vins).
Cette dégustation a été possible grâce à l’accueil des propriétaires des châteaux : Guiraud, Lafaurie-Peyraguey, d’Yquem, Suduirant et Domaine de Chevalier.
Les rapports « Qualité-Prix »
Grâce au site « Wine-Searcher » voici la liste des « meilleurs prix » en partant des points obtenus par chaque vin par rapport à sa moyenne (données prise le même jour de la dégustation) en Euros.
1) Rollan de By (0,009 Euro), 2) Croix de Labrie (0,0170), 3) Bon Pasteur (0,0I98), 4) Spring Mountain (0,0198), 5) Beringer P.R. (0,0228), 6) Ht-Condissas (0,0232), 7) Mondavi (0,0265), 8) Spottswoode (0,0269), 9) Dominus (0,0284), 10) La Jota Anniv. R. (0,0298), 11) Monte Bello R. (0,0318, 12) Arrowood CS. Sp. R (0,0327), 13) Léoville las Cases (0,0329), 14) Ch. Montelena (0,0331), 15) Mission Ht-Brion (0,0337), 16) Diamond Creek V.H. (0,0376), 17) Pahlmeyere P.R.(0,0391), 18) Phelps I.(0,0430), 29) Staglin F.(0,0432), 20) Palmer (0,0461), 21) Le Tertre Roteboeuf (0,0526), 22)Trotanoy (0,0530), 23) Latour (0,0592), 24) Cheval Blanc (0,0592), 25) Araujo (0,0597), 26) Mouton R. (0,0658), 27)Lafite R. (0,0662), 28) Ht-Brion (0,0806), 29) Abreu (0,0813), 30) Shafer H.S. (0,0855), 31) Valandraud (0,0912), 32) Ausone (0,0917), 33) Pride R.(0,0996), 34) Margaux (0,1027), 35) Colgin (0,1669), 36) Pingus (0,1865), 37) Harlan E. (0,1890), 38) Pertrus (3,3407), 39) Screaming E. (0,4449).
Conclusions… ou début de discussions ?
Un combat « Bordeaux contre la Califormie » serait un non sens ! Comme toujours, les dégustations à l’aveugle apportent leurs lots de surprise. Avec une dégustation « étiquettes » découverte, nous n’aurions jamais retrouvé des mêmes noms.
Cette dégustation comparative est loin d’être une conclusion définitive à ce type de dégustation, elle devrait être la première d’une série dont vous serez informés.
Le mot de fin à Bernard Burtschy :
A l’analyse, il est clair, qu’il ne peut y avoir ni vainqueurs, ni vaincus, mais de styles de vins très affirmés, adorés par certains ou rejetés par d’autres. En faire un classement n’a pas grand sens. C’est comme hiérarchiser Picasso et Van Gogh. Le véritable enseignement est que Bordeaux et la Californie élaborent tous les deux de grands vins et qu’il n’est pas possible de prétendre que l’un est meilleur que l’autre.
Les dégustateurs : Membres permanents du GJE : J. Payne, O. Geisel (D), et P. Moser (A), L. Havaux (B), V. de la Serra (E), B. Burtschy, J.-P. Guiraud, O. Poussier, Ch. Roger et L. Vialette (F), M. Petrini et E. Gentili (I), A. Duhr (L), R. de Groot (N.L), P. Regamey et S. Bettschen (CH), A. Larsson (S), Neil Beckett et A. Hanson (UK), S Perry et W. van Gorp (USA)
Les dégustateurs Invités : H. Janssen (B), S. Hébert (Can), J. Steinke (D), G. Santiagon (E), T. Morhall et R. Richard (UK), N. Antonakeas, J. Leve, Alan Plotnik, R. Sands, N. SAVistsky et K. Shin (USA). Plusieurs sont membres du site R.Parker. Contrôle légal : l’avocat P. Baracchino (I)
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