Pour revenir sur la condamnation de notre confrère Le Parisien pour une série d’articles parus en décembre 2005 autour du champagne, au motif qu’ils auraient été « destinés à promouvoir la vente d'une boisson alcoolique en exerçant sur le lecteur une action psychologique de nature à l'inciter à la consommation » et auraient dû, à ce titre, mentionner le « message sanitaire prescrit par la loi et précisant que l'abus d’alcool est dangereux pour la santé », selon les termes mêmes du tribunal.
Tout article paraissant dans notre journal fait généralement la promotion « d’une boisson alcoolique » et exerce sur le lecteur une action psychologique de nature à l'inciter à la consommation » puisque l’objet même d’un journal d’amateurs de vin est d’assurer la promotion des meilleurs de nos vins, en décrivant leurs qualités et celles de ceux qui les font.
Nous pourrions donc faire, un jour ou l’autre, l’objet d’une condamnation de ce type. Le lobby hygiéniste, extrémiste et prohibitionniste, aura donc remporté une bataille, non pas sur l’alcool, mais sur deux adversaires bien plus faibles et bien plus débonnaires, le vin et la liberté d’expression. S’attaquer réellement au problème de l’alcoolisme et de sa prévention demanderait certainement plus d’énergie et de courage, alors même que la plupart des spécialistes s’accorde sur le fait qu’une consommation modérée de vin n’est en rien dangereuse pour la santé, et peut même, en restant dans une limite raisonnable, offrir un bénéfice sanitaire pour le consommateur.
Pour autant, il est hors de question que nous fassions mention du message sanitaire que semble requérir le tribunal de grande instance de Paris, pour la simple et bonne raison que nous n’assurons pas la promotion de marques ou de producteurs, mais celle des grands vins français et du monde entier, ainsi que de l’art de vivre à la française.
Nous assurons notre confrère Le Parisien de notre entière solidarité et réfléchissons, en coordination étroite avec l’Association de la Presse du vin et nos confrères spécialisés à la nécessaire riposte que nous nous devons d’assurer face au lobby prohibitionniste. L’arbitrage des pouvoirs publics serait souhaitable, plutôt qu’ils restent dans une attitude ambiguë, se satisfaisant du poids économique et de la contribution de la filière à la balance commerciale, tout en laissant faire ou en facilitant la campagne de dénigrement de nos vins au travers d’une législation manifestement inadaptée à la défense des vins de terroirs que nous aimons.
Thibault Leclerc,
directeur de la publication de L’Amateur/The Wine Lovers
A propos de L’Amateur/The Wine Lovers
Fondé en 1986 sous le titre de L’Amateur de Bordeaux par Jean-Paul Kaufmann, L’Amateur/The Wine Lovers est une revue trimestrielle destinée à éclairer l’amateur sur le vin et ceux qui le font. Il a rejoint depuis 2000 le groupe du Bottin Gourmand et élargi ainsi son lectorat aux professionnels de la restauration et sa diffusion auprès des tables étoilées de France. Il a acquis une stature internationale depuis 2007 en passant intégralement sous édition bilingue français-anglais. |