l’Australie à sec se demande comment sauver la vigne sans eau.
Long de 2 530 kilomètres, le fleuve Murray prend sa source dans les Alpes australiennes pour se jeter dans l’océan Austral au sud de l’Australie. Bordé de majestueux eucalyptus camaldulensis et grouillant de certains des serpents les plus terrifiants du monde, il ressemble désormais davantage à un long tuyau d’évacuation qu’à un fleuve. Utilisé de façon inconsidérée et négligée le Murray est à sec. Du coup, beaucoup de viticulteurs font faillite.
Le million et demi d’habitants d’Adélaïde, capitale de l’Australie méridionale, s’alimente en eau dans ce fleuve.
Avec l’ironie qui les caractérise, ils se targuent d’être l’état le plus sec du continent le plus sec, même s’il y pleut de
temps en temps. Connaissez-vous cette vieille blague sur une communauté isolée après une grosse tempête ? Tout
lemonde s’est réfugié sur le toit du pub et regarde en vain dans le lointain à travers le déluge. « Bon sang ! », lâche le
barman. « Si les camions n’arrivent pas bientôt, on va tous mourir de soif. »
Mais la sécheresse s’est installée depuis trois ans maintenant, sans aucun signe de sursis. Le mois de septembre a été le plus sec de ces vingt dernières années. Il a fait 30 degrés à Adélaïde le 25 septembre, du jamais vu depuis sept ans.
En Australie, la récolte de raisins 2007 a enregistré une baisse significative, passant d’environ 900 000 tonnes
contre 1,9 million de tonnes en moyenne récemment. «C’est un désastre », confie Roger Harbord, viticulteur établi
à Barossa. « Tout le long du fleuve, les producteurs ne peuvent utiliser que 10% environ de leur eau normale. Ici,
dans la Barossa Valley, beaucoup de domaines s’en sortent bien, car leurs vignes peuvent pousser et survivre
sans être irriguées, mais les gars installés le long du Murray voient leurs vignes dépérir sous leurs yeux. »
Dans les années 90, période durant laquelle l’Australie s’est taillée la part du lion dans lemonde entier, le vin était le
nouveau domaine d’activité à la mode. Le gouvernement avait alors offert de généreuses réductions fiscales aux producteurs (quidoublèrent la surfaceplantée : 62 709 hectares en 1992 contre 157 492 hectares une décennie plus tard),
avant de couper l’herbe sous le pied de cette nouvelle industrie prospère en instaurant une taxe de compensation sur les
vinsde 29%.
Mais dernièrement, lorsque lesproducteurs ont demandé un peu d’aide àCanberra, il leur a été rappelé avec fermeté que l’Australie est une économie de marché « à la marche ou crève ». Peut-être y a-t-il quand même du positif dans tout ça.
Du point de vue de SamTolley, directeur général de l’Australian Wine and Brandy Corporation, il s’agit là d’un « formidable moment de répit » après des années de surproduction et de prix bas. Ainsi va l’Australie, oscillant entre pénurie et providence. Je doute toutefois que les producteurs de Murray soient d’accord avec lui. Et comble de l’ironie, quelques marques australiennes vont peut-être devoir importer du vin en gros. Les producteurs français devraient sauter sur leur téléphone, et fissa ! Même les écologistes s’invitent dans le débat. SelonDonHenry, président de l’Australian Conservation Foundation, « l’eau est puisée en trop grande quantité dans le fleuve afin d’irriguer par déversement des pâturages et cultures de faible valeur productive. Une telle pratique continue de nuire à l’environnement et réduit la disponibilité de l’eau pour les produits agricoles à plus forte valeur tels que le vin. » Tout le monde s’accorde donc à dire qu’il faut faire quelque chose. Mais suivant la constitution fédérale australienne, la gestion de l’eau est une affaire d’Etat. Victoria vient tout juste d’augmenter les allocations d’eau, avec l’espoir qu’il pleuve bientôt.
Les pauvres habitants d’Adélaïde qui se trouvent en bout de chaîne sont furieux.
Notre barman ne serait pas sur le toit aujourd’hui. Il gratterait la poussière agenouillé et dirait : « Nous mourrons tous de
soif si les vignes restent sans eau. »
Lincoln Siliakus
Tiré à part de L'Amateur/The Wine Lovers n°106 - Tous droits de reproduction réservés
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